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"Le coup de canon"
Huile sur panneau d'acajou, signée
en bas à gauche.
69 x 112 cm + cadre (soit 173 x 147 cm)
Historique:
En mai 1890, Ziem s'installe à Venise
pour six mois; Les fêtes de Venise s'ouvrent et comme il
est de coutume pour la ville lacustre le départ en est
donné par un coup de canon tiré d'un bateau spécialement
pavoisé pour l'occasion. En plus de notre peinture, l'artiste
exécute un autre tableau sur le même sujet qui sera
acquis par l'Etat à la vente Sanmarcelli et qui figure
actuellement dans les collections du musée du Petit Palais
(Paris).
La critique, auparavant réticente, encense Ziem et parle
du peintre comme "celui qui sait délayer un rayon
de soleil sur sa palette". Dans une monographie consacrée
à "la technique de Ziem", Marseille, 1912, Servian
décrira ainsi l'oeuvre : "Le coup de canon eut
un succès retentissant. Avec lui éclata la renommée
de Ziem; il en répercuta les échos dans toutes
les parties du monde des arts. Le grand Canal voit se dresser
le Campanil et les palais. L'atmosphère palpite sous le
ciel pur ; l'eau est toute miroitante des reflets des ombres
mouvantes des personnages qui se trouvent dans une gondole, non
loin d'un navire emparé et empanaché de fumée
du canon que l'on vient de tirer. Parmi les oppositions capricieuses
de la lumière et des ombres éclate la joie de vivre
et l'enivrante gaieté. Et c'est une joie pour les yeux
des spectateurs qui semblent participer à l'allégresse
générale."
Provenance:
Première vente Zygomolas du 7 mai 1901, sous le n°
35.
L'oeuvre est reproduite dans le catalogue raisonné de
Ziem, par Pierre Miquel, page 191, n° 1334, et dans le catalogue
raisonné de Ziem par Anne Burdin-Hellebrandt, tome 1,
page 98, sous le n° 246.
Le sujet:
Dans les nombreux "Venise" peints
par Ziem, il est à noter que seulement 16 sujets représentant
le coup de canon sont à ce jour référencés.
6 d'entre eux appartiennent à des musées (2 au
Petit Palais à Paris; 1 au Palais Fesch à Ajaccio;
1 au Musée Ziem de Martigues; 1 au Denver Museum de Denver;
1 au Metropolitan Art Museum de New York).
Les tableaux de Denver et de New-York étant
les plus similaires au notre.
Seulement 4 de ces sujets ont étés
peints sur panneau d'acajou, le notre étant le plus important.
Ziem avait une prédilection pour les panneaux d'acajou.
Le jeu des glacis et des "réserves" sur le bois
permetant une couleur supplémentaire et une accentuation
de la perspective.
A propos de l'artiste:
ZIEM: Félix
François Georges PhiIibert. Né le 26 février
1821 à Beaune (Côte-d'Or). Mort le 10 novembre 1911
à Paris. Français.
Peintre d'histoire, sujets de genre, sujets typiques, portraits,
paysages animés, architectures, paysages, marines, paysages
d'eau, natures mortes, aquarelliste, dessinateur. Pré-impressionniste,
orientaliste.
Fils d'un père croate, fixé en Côte-d'Or
en 1814, et d'une mère bourguignonne. Il étudia
à l'Ecole d'Architecture et des Beaux-Arts de Dijon, qu'a
créée et que dirige le peintre Anatole Devosge,
élève de David. Il obtient le deuxième prix
de dessin et d'architecture en 1839. En 1841, au bout d'un long
parcours à pied, il s'installe à Nice, où
il commence à recevoir des commandes de la bourgeoisie
de la ville. Dès 1842, il voyage en Italie, visite Rome
avant de découvrir Venise qui sera sa deuxième
patrie, et où, dès lors, il se rendra régulièrement,
souvent plusieurs mois par an, de 1845 à 1892. Il travaillait
à partir de son bateau, qui lui servait d'atelier en même
temps que de domicile. Après un voyage en Grèce
à Constantinople et en Russie dès 1844, il continue
ses pérégrinations: 1850 Belgique et Hollande,
1852 Angleterre, 1854 Egypte. En 1855, Il descend le Danube en
bateau, en 1856 visite la Turquie et la partie Est du bassin
méditerranéen. En 1858, il est à Alger,
en 1860 en Hollande, etc. Il fait de fréquents séjours
à Barbizon, s'installe dans une roulotte de forain pour
mieux peindre sur le motif et finit par acheter une maison à
Charles Jacque. Il est alors l'ami de tous les paysagistes les
plus célèbres du temps. Mais il se lassera de Barbizon
et partagera son temps entre les quatre maisons qu'il possède,
à Venise, Martigues, Nice, et à Paris, rue Lepic.
Durant sa carrière, il a peint avec succès plusieurs
milliers de toiles, ce qui lui permis d'aider de jeunes artistes
malheureux et a fondé de nombreuses uvres de bienfaisance,
entre autres un asile pour les aveugles.
Doué d'une activité peu commune, il a mené
de pair cette vie de grand voyageur avec une participation à
la vie parisienne, et au Salon où il expose régulièrement
depuis 1849. Vers 1865, Durand-Ruel devient l'un de ses principaux
marchands. De nombreuses récompenses et honneurs échurent
à cet artiste: médailles de troisième classe
en 1851, de première classe en 1852 et 1855; chevalier
de la Légion d'honneur en 1857; officier en 1878; commandeur
un 1908. A sa mort, il a légué à la Ville
de Paris une partie de son atelier (études et dessins).
C'est dans cette collection, conservée au Musée
du Petit Palais, que tout comme pour Gustave Moreau dans son
propre atelier,
autre grand joaillier de la peinture, l'on peut le mieux se rendre
compte de la technique et du talent de Ziem.
Peintre complet, il brille autant dans les portraits, la nature
morte, le tableau de fleurs, les scènes de genre, d'actualité
et d'histoire. Toutefois, c'est le paysagiste que l'histoire
a surtout retenu. Theophile Gautier a donné une jolie
définition du talent de Ziem: "Chaque artiste a une
patrie idéale souvent éloignée de son vrai
pays... La patrie de Ziem est Venise. C'est là que sa
peinture a son domicile légal. Avec une goutte d'eau où
se dissout une parcelle de couleur, il bâtit en quelques
coups de pinceau une maison au crépi vermeil. Mais ce
qu'il exprime mieux encore, c'est l'eau verte de la lagune, brisée
en mille écailles de lumière et reflétant
le caprice du ciel à travers le sillage et les remous
des gondoles qui dérangent les silhouettes répercutées
des palais". Son oeuvre n'est pas seulement composée
de tableaux bien connus des amateurs. Elle comprend aussi de
nombreuses et talentueuses aquarelles. Dans ses dessins, et surtout
ses carnets de voyage, il se montre à la fois homme de
goût par le choix et la composition des sujets, précieux
témoin de son temps pour le cadre et l'animation des lieux
et rigoureux réaliste. Après Guardi et Canaletto,
il impose une vision nouvelle de Venise qui réside essentiellement
non dans les sites célèbres de la ville des Doges
mais dans l'étude systématique de la lumière
changeante au gré des heures et des saisons. Outre Venise
et les paysages des régions de France où il s'est
déplacé, il rapportait de ses voyages à
travers l'Europe jusqu'en Russie, de Constantinople, du Bosphore,
de très nombreux croquis dont il tirait des scènes
orientales, caravanes se profilant sur l'horizon du désert,
femmes drapées d'étoffes éclatantes sur
les terrasses des villages, vues du Bosphore, coucher de soleil
compris. Il avait d'ailleurs transformé l'aspect de son
atelier de Martigues en bâtisse mauresque, coiffée
d'une coupole et d'un minaret.
Jongkind né en 1819, Boudin en 1824, Manet en 1832, Ziem,
né en 1821, a pris place parmi les précurseurs
de l'impressionnisme, même si, sur le tard, il tempéra
sa palette, même si, le succès aidant, sa virtuosité
lui fit multiplier quelque peu su production de vues de Venise
et de clichés Orientaux. (réf. Bénézit)
Musées:
Ajaccio, Amsterdam, Avignon, Berlin, Bordeaux,
Chantilly, Digne, Dijon, Liège, Londres (Wallace collection),
Martigues (musée Ziem), Montpellier, Montréal,
Moscou, Mulhouse, Nantes, Nice, Paris (musée du Louvre,
musée Carnavalet, musée du Petit-Palais, musée
de la Marine), Reims, Rouen, Toulouse, Valenciennes.
Bibliographie:
- Bénézit, "Dictionnaire
des peintres", Gründ, 1999.
- Encyclopédie des Arts, "Les Muses",
tome XV, Grange-Batelière, Paris, 1969-1974.
- Pierre Miquel "Le paysage français au XIXe siècle,
1824-1874". La Martinelle, 1975.
- Biass-Fabiani et Fabre, "Félix Ziem",
Actes Sud.
- Pierre Miquel, "Ziem 1821-1911, catalogue raisonné"
La Martinelle, 1978.
- A. Calonne, "Félix Ziem: peintre voyageur",
Valeurs de l'Art n°26, 1994.
- Anne Burdin-Hellebranth, "Ziem 1821-1911, catalogue
raisonné de l'oeuvre", 1998.
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